Typosquatting : des affaires emblématiques
Auteur : Rédaction Domeny.ForSale Publié le
En bref : Le typosquatting consiste à enregistrer des adresses proches d’un nom de domaine légitime pour exploiter une faute de frappe ou l’inattention d’un internaute. Parmi les affaires connues figurent celles concernant Verizon, Microsoft et le trafic détourné par John Zuccarini. Ces domaines servaient à afficher des publicités, à effectuer des redirections, à soutirer des données ou à empêcher l’utilisateur de quitter facilement le site.
En quoi consiste exactement le typosquatting
Le typosquatting est une forme de cybersquatting, c’est-à-dire l’exploitation de noms de domaine liés au nom ou à la marque d’autrui. Sa particularité est de tirer parti d’une erreur que l’utilisateur peut commettre en saisissant une adresse : une lettre omise, un caractère remplacé, des lettres inversées ou un caractère ajouté.
Si l’adresse correcte était le domaine fictif banquesure.pl, un attaquant pourrait s’intéresser à des variantes telles que banqeusure.pl ou banque-sure.pl. La première repose sur une inversion de lettres. La seconde n’est pas une faute de frappe au sens strict, mais peut remplir la même fonction : paraître crédible au premier coup d’œil.
Un domaine ressemblant à un autre n’est pas automatiquement illicite. Son utilisation, le risque de confusion, les droits sur le nom et l’intention de la personne qui l’enregistre comptent notamment dans cette appréciation. L’examen d’un cas précis peut nécessiter une analyse du règlement du registre, des règles de résolution des litiges et du droit applicable.
John Zuccarini et l’exploitation massive des fautes de frappe
John Zuccarini était l’un des typosquatteurs les plus connus. Il enregistrait de nombreux domaines exploitant des erreurs dans les noms de sites populaires et de marques. Une personne qui se trompait en saisissant une adresse arrivait sur des sites tirant des revenus de publicités ou de redirections ; certains menaient également à des contenus pornographiques.
Son activité est associée à un mécanisme appelé mousetrapping, qui consiste à piéger l’internaute sur un site. De nouvelles fenêtres du navigateur s’ouvraient, ou le site devenait difficile à quitter, de sorte qu’une visite accidentelle générait des affichages publicitaires supplémentaires. Des autorités et des tribunaux américains se sont penchés sur les affaires Zuccarini, et son nom est devenu emblématique de l’exploitation commerciale de domaines enregistrés en masse à partir de fautes de frappe.
Ce cas montre que le typosquatting ne se traduit pas nécessairement par un vol de mot de passe. Le trafic d’utilisateurs arrivés par erreur peut, à lui seul, avoir une valeur si le propriétaire du domaine monétise chaque visite.
Verizon contre OnlineNIC
Le litige très médiatisé opposant Verizon au bureau d’enregistrement OnlineNIC portait sur des centaines d’adresses ressemblant aux marques de l’entreprise américaine de télécommunications. Parmi elles figuraient des variantes fondées sur des erreurs d’orthographe du nom Verizon. Ces domaines dirigeaient le trafic vers des pages contenant des publicités et des liens commerciaux.
Un tribunal américain a rendu un jugement par défaut en faveur de Verizon et lui a accordé d’importants dommages-intérêts prévus par la loi. Cette affaire est souvent citée parce qu’elle concernait non pas une adresse isolée choisie par hasard, mais un portefeuille organisé de domaines tirant des revenus de leur ressemblance avec une marque protégée.
Elle illustre aussi la différence entre l’enregistrement défensif et le typosquatting. Une entreprise peut acheter les variantes de son propre domaine correspondant aux fautes de frappe les plus évidentes et les rediriger vers son véritable site. Un tiers qui enregistre ces mêmes variantes pour profiter des erreurs des clients poursuit un tout autre objectif.
L’affaire Microsoft contre Shah
Microsoft a engagé une action contre Amar Shah et des entités liées à celui-ci au sujet de domaines ressemblant aux noms de ses produits et services. Les accusations portaient notamment sur l’enregistrement de variantes mal orthographiées et sur la redirection des utilisateurs vers des pages publicitaires. Le litige s’est conclu par un accord amiable prévoyant un paiement et le transfert des domaines.
L’élément important était ici un mode opératoire répété : de nombreuses adresses similaires, l’exploitation de la notoriété de la marque et la monétisation des visites dues à une erreur. Une faute de frappe isolée peut sembler anodine, mais tout un réseau de domaines de ce type permet de détourner le trafic destiné à différents produits ou services d’une même entreprise.
Faute de frappe, homographe et extension trompeuse
Tous les domaines piégés ne relèvent pas du typosquatting classique. Une attaque par homographes utilise des caractères qui se ressemblent tout en étant distincts, par exemple le caractère latin a et son équivalent dans un autre alphabet. Le remplacement d’une extension, par exemple .com par une autre, est parfois qualifié de confusion de TLD ou d’usurpation au moyen d’un domaine similaire.
Pour l’utilisateur, ces distinctions terminologiques comptent moins que le résultat. Avant de se connecter ou d’effectuer un paiement, il faut vérifier l’adresse entière, et pas seulement le nom visible au début. Il est plus sûr d’accéder à sa banque, à une boutique ou à une interface d’entreprise depuis un favori plutôt que de saisir le domaine à la main ou de suivre un lien reçu dans un message.
Comment réduire les risques de part et d’autre
Le propriétaire d’une marque devrait commencer par identifier quelques erreurs parmi les plus probables : une lettre manquante, un caractère doublé, une inversion de lettres voisines ou une mauvaise extension. Enregistrer toutes les variantes possibles n’est généralement pas réaliste. Il faut donc donner la priorité aux adresses liées à la connexion, aux paiements et au service client. Il est également utile de surveiller les nouveaux domaines ressemblant au nom de l’entreprise.
Après avoir repéré une adresse suspecte, il faut conserver les preuves de son utilisation, identifier son opérateur et vérifier la procédure de règlement des litiges applicable. Selon l’extension et les circonstances, il peut s’agir d’un signalement d’abus, d’une procédure d’arbitrage telle que l’UDRP ou d’une action en justice. Il s’agit d’informations générales, et non d’un conseil juridique personnalisé ; les règles en vigueur et les preuves nécessaires doivent être confirmées auprès de l’opérateur du registre, de l’organisme chargé de la procédure ou d’un juriste.
La prochaine étape pratique est simple : enregistrez les services essentiels dans vos favoris et, dans votre entreprise, vérifiez dès aujourd’hui quelques-unes des fautes de frappe les plus évidentes du domaine utilisé pour la messagerie et les paiements.
À lire aussi : Nom de domaine et phishing : comment protéger les clients contre l’usurpation ?
